
LUI, C’EST UN PEU LE SURDOUE du fond de la classe. Le genre forte tête, provocateur, insolent et charmeur dont on ne sait que faire, parce que ses rodomontades sont à la hauteur de ses notes : brillantes, Etudes de droit et de théologie, Capa, DESS de fiscalité, à 22 ans, Jean-Baptiste est avocat d’affaires, « valet de PDG », lâche-t-il avec une moue désabusée. Convoqué sept fois par le conseil de l’Ordre pour insubordination, il se cabre et décide d’aller voir ailleurs si l’on ne s’amuse pas davantage. Après tout, s’il faut consentir à rentrer dans le rang, autant que ce soit pour son propre compte.
En 2000, le monde de l’internet se convulse dans une crise dévastatrice, lui décide de sauter dans la bulle, bien décidé à la faire pétiller. « Tout s’effondrait, les net company déposaient leur bilan les unes après les autres. Moi, je lançais Rentabiliweb, je passais pour un fou, c’était génial ! » Avec le culot du sale gosse qui n’a peur de rien, il imagine et lance un concept simple permettant de faire gagner de l’argent aux sites en ligne. En gros, il s’occupe de tous les types de transactions effectuées par les internautes par Audiotel, SMS ou carte bancaire, et destinées à rentabiliser les sites.
Six ans après sa création, sa société est leader français sur le marché du micro-paiement, la courbe de son chiffre d’affaires prend une allure exponentielle, passant de 2,6 millions d’euros à près de 20 millions cette année. Et une centaine de salariés au Canada, en Russie, en Chine, en Pologne ou en Angleterre se défoncent pour lui. En six ans, pas une seule démission.
L’année dernière, il a acquis une société fabriquant des jeux en Sibérie, et pris le contrôle de ZonejeuX, numéro un du marché en France et première communauté mondiale de joueurs francophones. En ligne de mire, un développement outre-Atlantique par le biais d’une filiale londonienne récemment entrée dans son giron et l’ouverture d’un bureau en Chine.
Le trublion du barreau de Lyon est devenu un homme d’affaires. Rangé ?
Pas vraiment, non. Ce Croix-Roussien pur jus qui décidément ne peut rien faire comme tout le monde a trouvé son point d’ancrage sur une péniche, à Amsterdam. Quelle idée ! « Savez-vous que je mets moins de temps pour aller de Lyon à Amsterdam que pour me rendre de la Doua au Point du jour ? Je manage mon groupe depuis mon bureau flottant, je n’ai pas de contraintes d’horaire ou de déplacement, je ne rencontre jamais personne et c’est très bien. Je vis sur le net 100% de mon temps, tout est géré à distance et seuls deux ou trois de mes employés m’ont déjà rencontré physiquement. Et puis Amsterdam, c’est the place to be ! »
Parce que c’est bien beau, de travailler, mais il ne faudrait tout de même pas oublier que l’essentiel, c’est de s’amuser ! Singulier, Descroix-Vernier est une sorte d’hybride : l’ironie mordante d’un businessman à l’efficacité redoutable, l’agacement désabusé d’un vieux misanthrope, le mode de vie d’un héros de science-fiction et la candeur d’un enfant fidèle à ses rêves d’adolescent. Aujourd’hui, il voudrait voir une aurore boréale, aller sur la lune, éradiquer une maladie rare et contempler New-York depuis son bureau « tout en haut du Rockefeller Building »…