
Le groupe présidé par Jean-Baptiste Descroix-Vernier se dit à l’affût des occasions de rachat, en France mais aussi à l’étranger.
Jean-Baptiste Descroix-Vernier : « Nous assurons 65% de notre chiffre d’affaires avec nos produits, notre marge brute étant de 30 à 65% quand nous sommes notre propre client, contre 3 à 15% avec des tiers. »
Son mode de vie fait presque déjà de lui une légende vivante. Dreadlocks, kilt, lunettes de star, Jean-Baptiste Descroix-Vernier, trente-huit ans, vit sur une péniche à Amsterdam tout en suivant par écrans interposés sa société cotée à Paris et à Bruxelles. Il se remémore sa rencontre avec Jean-Marie Messier dans un grand hôtel new-yorkais et la façon dont il lui a fallu élever la voix pour rejoindre la table de ce futur administrateur de Rentabiliweb : le réceptionniste ne pouvait pas croire que « Mister Messier » avait rendez-vous avec un tel hurluberlu.
Pourtant, le fondateur de cette société initialement spécialisée dans les solutions de micropaiement sur Internet attire aujourd’hui de grands noms du capitalisme français comme Bernard Arnault ou Stéphane Courbit, tous deux présents à son tour de table, à 6,3 % et 10,3 %. L’ancien ministre Alain Madelin et « J2M » ont intégré son conseil d’administration.
Tactique de niches
Pourquoi de telles fées sur le berceau de Rentabiliweb ? « Nous sommes des chercheurs d’or », répond Alain Madelin. Malgré la crise, qui se traduit par un ralentissement de la croissance de la société en raison d’une « fin d’année ultradifficile », Rentabiliweb table toujours sur un chiffre d’affaires de 60 millions d’euros en 2008 après un premier semestre où l’activité s’est envolée de 192 %, à 28,5 millions d’euros, pour un résultat net de 3,1 millions.
Spécialisé dans les sites de rencontres (notamment Yes Messenger, le premier site libertin), de jeux (Toox, Jeux.org) ou dans les solutions de fidélisation par des offres promotionnelles (Mailorama), le groupe est surtout connu pour la monétisation des audiences de milliers de site de partenaires.
Toutefois, c’est de plus en plus vers l’édition de sites destinés à créer leur propre audience que Rentabiliweb entend se développer. « Nous totalisons 35 à 38 millions de visiteurs uniques, ce qui nous place entre la sixième et la huitième place des audiences francophones, souligne Jean-Baptiste Descroix-Vernier. Et nous assurons 65 % de notre chiffre d’affaires avec nos produits, notre marge brute étant de 30 à 65 % quand nous sommes notre propre client, contre 3 à 15 % avec des tiers. »
S’il a stoppé un site dans l’immobilier, le groupe se tourne désormais vers le Web communautaire avec Justice privée, Handicap-information ou Palmarès pour noter les professionnels. Dans la rencontre, il mise sur des niches aussi diverses que les personnes âgées, les libertins, les musulmans ou les catholiques.
Après avoir tenté sans succès de jeter son dévolu sur la régie Hi Média, Rentabiliweb regarde aussi « dans les trois ans » vers l’internationnal et les possibilités de croissance externe. Outre la Belgique, où se trouve son siège social, il est déjà présent en Russie, en Roumanie et en Bulgarie où sont employés la plupart de ses ingénieurs-programmeurs par souci d’économie.
Le groupe affichait 11 millions d’eruos de trésorerie en juin, 33 millions de fonds propres et aucun endettement. « Et Arkeon Finance nous donne une capacité de financement de 140 millions d’euros », lâche Jean-Baptiste Descroix-Vernier.
La fin des bannières ?
Reste à convaincre de la robustesse du modèle économique. Pour cela, le fondateur n’a aucune inquiétude : « Je ne crois pas au « display» sur Internet, c’est-à-dire les bannières, que personne ne voit plus. On va vers le marketing direct en passant du coût pour mille au coût au clic. Et on arrive vers le « cost per time» , c’est-à-dire le temps de cerveau disponible pour l’annonceur. »
A cette aune, Rentabiliweb peut s’estimer bien placé dans ses « millions de noms » collectés via des programmes de fidélisation finement renseignés. Ils peuvent être adressés de façon ciblée vers des marques en quête de profils précis. « Tout le monde est gagnant, car nous exigeons pour ces derniers des réductions », conclut « JBDV » entre deux gorgées d’un cocktail de légumes. On en oublierait presque qu’il n’a pas de cravate.